Monsieur Charles Manning, de Sorel-Tracy, prend les traversiers de la Société des traversiers du Québec depuis un an, à chaque semaine.
C’était un beau soir d’automne. À l’horizon, le soleil brillait de tous ses feux comme une flamme orangée. Le ciel lui était rose; comme s’il vint annoncer la venue de l’automne et la fin de cet été magnifique. Assis sur une des banquettes au pont du Catherine-Legardeur, mains dans les poches, capuchon sur la tête, j’attends impatiemment le signal de départ. Bientôt, le pont-levis se lèvera. Au revoir, chère petite ville de Sorel au grand cœur qui m’a vu grandir. Ce soir, je pars rejoindre ma bien-aimée. Le bateau part. En quelques minutes, il vogue et arpente les vagues sur le fleuve Saint-Laurent. Le temps est frisquet, mais nous sommes si bien. L’air sent déjà l’hiver, les arbres perdent déjà leurs feuilles. Le vent vient caresser mon visage. Bientôt, ce sera les mains de ma douce moitié. Les semaines sont parfois difficiles et les heures semblent parfois ne jamais vouloir s’achever. Quand la fin de semaine arrive et que je prends le traversier, je me sens comme Ulysse à la fin de son odyssée lorsqu’il acheva ses durs labeurs pour ensuite aller rejoindre l’être aimé. Je fais la paix avec moi-même et tout le reste; je me sens détendu et je ne m’en fais plus avec rien. La seule chose à laquelle je pense, c’est elle. Vous l’avez compris. Pour moi, prendre le traversier, c’est aller vers mon petit jardin de bonheur et d’amour. C’est, chaque fin de semaine, d’aller rappeler à cette jeune fille de Saint-Ignace que je l’aime énormément.